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Parcours

Je suis venue à la mosaïque par un chemin détourné.

Après un baccalauréat littéraire, option arts plastiques, j’ai suivi des études de philosophie à l’Université Université de Tours. En maîtrise (l’équivalent du master actuel), j’ai rédigé un mémoire de philosophie de l’art intitulé Le Problème de la pérennité des chefs-d’œuvre, sous la direction d’Alain Séguy-Duclot.

Tiraillée entre la réflexion théorique et la pratique artistique, j’ai d’abord entrepris une formation de tailleur de pierre avant d’obtenir le CAPES de philosophie. Je me suis dès lors consacrée à l’enseignement, métier que j’exerce depuis quinze ans. Je n’ai pourtant pas perdu ma dilection pour les arts plastiques, et voilà maintenant trois ans que je découvre, en autodidacte, l’étendue des techniques et des potentialités plastiques de la mosaïque.

Henri Michaux écrivait : Ce serait parce que je verrais clairement ceci ou cela que je dessinerais ? Nullement. Au contraire, c'est pour pouvoir être embarrassé à nouveau. Et très bien s'il se trouve des pièges, je cherche des surprises. Ça m'ennuierait de savoir. Ça me gênerait

Je suis de cette lignée.

La mosaïque se construit de toutes pièces ; elle sera phénomène, objet d’expérience. Commence alors l’exploration d’une pensée non pensante. Ramifications du vivant, stratifications des terres : voilà ce qui demeure en ligne de mire. Il y a une magie à observer les cycles et les formes, les frondaisons et les homologies de structures organiques — végétales, animales — ainsi que les corps inorganiques qui composent l’écorce terrestre — minéraux, fossiles, coquillages.

S’y retrouvent les empreintes d’une physique élémentaire portant les traces mnésiques de la matière : une coupe archéologique peuplée d’un imaginaire collectif venu de la nuit des temps. Et je reprends à mon compte la formule de Louis Scutenaire : « Mes inscriptions sont bâties avec les matériaux d’héritages démolis. »

Certaines références me reviennent avec insistance :
- Les récits mythologiques et les textes fondateurs, notamment les métamorphoses animales et végétales chez Ovide ou Apulée (Métamorphose d'Actéon).
- Les fascinantes figures hybrides des grotesques et des drôleries médiévales.
- L'esthétique de l’épure propre à certains arts japonais.
- Les structures mathématiques à l’œuvre dans la nature, telles que les fractales, le nombre d’or,  la suite de Fibonacci.
 
Car tout cela interfère...

L’homme en perspective, même déconstruite, vit en cellule : on n’y voit pas à plus de trois mètres, on cherche un espace dégagé. Aussi les seuils, les mutations et les transformations silencieuses amorcent-ils un étrange voyage en soi…

Les matériaux les plus vibrants de mon expérience actuelle sont la nacre et le verre, parce qu'ils ont la vertu de capter, de diffracter et d’animer la lumière. La fragmentation, le rythme, mais aussi le relief (Métamorphose de Daphné), la transparence, les tensions chromatiques, et des gammes généralement chaudes, voilà ce qui structure mes compositions.
 
Souvent organisées en séries (Métamorphoses) ou en dispositifs modulaires (Ephéméride), j’aimerais que mes œuvres permettent une lecture multiple, réitérative et non linéaire. Qu’on ne parte pas d’ici pour aller là mais qu’on navigue, entre détails et vision d’ensemble, lueur et opacité. Qu’on y voit la lisière et l’autre côté des berges. Que s’entrecroisent le minéral et l’organique,  pour que cette trame restitue la dynamique à l’œuvre dans la nature - la phusis des Anciens -, source et principe du devenir de toute chose.

La lumière y circule comme le temps : discrète, continue, irréversible…


 
 Carole Saisset, mosaïste à Blois
 
                                                                          Crédit photo partiel : Sophie Mourrat, photographe.
https://www.facebook.com/sophie.mourrat