« Il faut porter encore un chaos en soi pour accoucher d'une étoile dansante »
Je suis venue à la mosaïque par un chemin détourné.
Après un baccalauréat littéraire, option arts plastiques, j’ai suivi des études de philosophie à l’Université Université de Tours. En maîtrise (l’équivalent du master actuel), j’ai rédigé un mémoire de philosophie de l’art intitulé Le Problème de la pérennité des chefs-d’œuvre, sous la direction d’Alain Séguy-Duclot.
Tiraillée entre la réflexion théorique et la pratique artistique, j’ai d’abord entrepris une formation de tailleur de pierre avant d’obtenir le CAPES de philosophie. Je me suis dès lors consacrée à l’enseignement, métier que j’exerce depuis quinze ans. Je n’ai pourtant pas perdu ma dilection pour les arts plastiques, et voilà maintenant trois ans que je découvre, en autodidacte, l’étendue des techniques et des potentialités plastiques de la mosaïque.
Je suis de cette lignée.
La mosaïque se construit de toutes pièces ; elle sera phénomène, objet d’expérience. Commence alors l’exploration d’une pensée non pensante. Ramifications du vivant, stratifications des terres : voilà ce qui demeure en ligne de mire. Il y a une magie à observer les cycles et les formes, les frondaisons et les homologies de structures organiques — végétales, animales — ainsi que les corps inorganiques qui composent l’écorce terrestre — minéraux, fossiles, coquillages.
S’y retrouvent les empreintes d’une physique élémentaire portant les traces mnésiques de la matière : une coupe archéologique peuplée d’un imaginaire collectif venu de la nuit des temps. Et je reprends à mon compte la formule de Louis Scutenaire : « Mes inscriptions sont bâties avec les matériaux d’héritages démolis. »
L’homme en perspective, même déconstruite, vit en cellule : on n’y voit pas à plus de trois mètres, on cherche un espace dégagé. Aussi les seuils, les mutations et les transformations silencieuses amorcent-ils un étrange voyage en soi…